L’économie de la zone euro continue de ralentir, comme le montrent les prévisions souvent révisées en baisse. Après sa dernière révision à la baisse des estimations du PIB, la Banque centrale européenne prévoit maintenant une croissance du produit intérieur brut de 1,1 % cette année et de 1,2 % en 2020, alors que les projections publiées en juin prévoyaient un PIB de 1,2 % en 2019 et 1,4 % l’année suivante. L’Europe est confrontée à une double vague d’incertitudes, à la fois sur le plan extérieur, avec le ralentissement du commerce mondial provoqué par les droits de douane américains, et sur le plan intérieur avec la possibilité croissante d’un Brexit sans accord.

La BCE, ainsi que toutes les grandes organisations internationales telles que le FMI ou l’OCDE, ont appelé à une intervention des Etats via une relance budgétaire majeure pour éviter que le ralentissement actuel de l’Europe ne se transforme en récession. Cependant, les gouvernements européens rechignent, et ont jusqu’à présent fait la sourde oreille à ces appels, pour diverses raisons.

Les chiffres sont déjà alarmants

Le ministère allemand de l’économie a déclaré lundi que les commandes des usines allemandes ont continué à baisser en août – de 0,6% – en raison d’une chute soudaine de la demande intérieure, malgré un nombre de jours ouvrables plus élevé que d’habitude ce mois-là. L’économie la plus importante de la zone euro et, jusqu’à cette année, la plus dynamique, flirte avec la récession. Les principaux instituts économiques du pays enregistrent une croissance de 0,5 % cette année et de 0,6 % en 2020. De plus, la récession dans le secteur manufacturier se répercute désormais sur les services.

Pendant ce temps, la zone euro, en tant qu’économie la plus ouverte du monde, ressent la douleur des tensions liées à la guerre commerciale. L’inflation dans la zone a de nouveau reculé pour s’établir à 0,9 % en août, bien en deçà de l’objectif officiel de près de 2 % fixé par la banque centrale.

Une stimulation budgétaire semble indispensable, d’autant plus qu’elle serait bon marché

Une relance budgétaire dans la zone euro est à la fois nécessaire et abordable.

La politique monétaire a de nouveau été assouplie le mois dernier avec des taux encore plus bas et un nouveau programme d’achat d’actifs annoncé par la BCE. Comme l’a fait remarquer le président de la banque centrale, Mario Draghi, l’essentiel de la reprise européenne de ces dernières années peut être attribuée à la politique monétaire. Mais plus la politique de la BCE se relâche, plus ses conséquences involontaires, notamment sur le secteur bancaire, sont lourdes.

Entre-temps, la politique budgétaire demeure à peu près neutre. Le déficit budgétaire global de la zone euro s’est élevé à 0,5% du PIB l’année dernière. À une époque où les taux d’intérêt sont presque nuls ou même négatifs, emprunter plus n’augmente pas nécessairement le fardeau de la dette pour les Etats.

Des dépenses publiques supplémentaires seraient ainsi nécessaires dans l’ensemble de la zone euro, sous la forme d’investissements dans les infrastructures, sous forme d’une transition écologique (comme l’Allemagne l’envisage) ou d’outils pour intégrer davantage l’union monétaire, tels qu’un régime commun d’assurance chômage ou une garantie des dépôts bancaires.

La politique éloigne la possibilité d’une relance budgétaire

Si les pays avec des niveaux élevés de dette publique comme l’Italie ou la France ne peuvent pas se permettre d’emprunter massivement, même avec des taux d’intérêt ultra bas, les pays où la dette s’est rapidement contractée ces dernières années, comme les Pays-Bas ou l’Allemagne, pourraient se le permettre.

Cependant, ils restent réticents à dépenser davantage. Dans le cas de l’Allemagne, un double verrouillage constitué d’un « frein à l’endettement » inscrit dans la constitution et d’un accord politique pour équilibrer le budget empêche une relance significative.

Mais le principal obstacle est plus politique que financier. Au niveau de la zone euro, les propositions visant à créer un budget commun, pour servir d’outil en temps de crise, se sont enlisées.

Et en Allemagne, aucun des deux partis de la coalition au pouvoir ne veut apparaître comme celui qui préconiserait de renoncer à l’engagement de stricte discipline budgétaire. Même si cela peut être souhaitable et préconisé par la plupart des économistes, y compris ceux de Berlin, une relance fiscale serait sans doute impopulaire dans un pays d’épargnants économes.

A ce stade, tout porte donc à croire que les gouvernements européens attendront que le ralentissement dégénère en crise grave avant d’agir. Et même dans ce cas, il sera peu probable qu’ils s’accordent sur une action commune.

Il faudra alors se préparer à gérer un retour des craintes et spéculations sur un possible éclatement de la zone euro et de la monnaie unique…

 

 

Investing.com

 

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